La Turquie et l'Europe
2008/08/31 Non à l'AKP ! Imprimer
Editoriaux

Vaincre l’islamisme en Turquie ?

Alors qu’il y a quelques jours seulement, un terrible attentat a causé la mort de dix-sept personnes et blessé plus de cent cinquante autres, et ce dans les rues de l’Istanbul thrace, un attentat opportun au niveau du calendrier puisqu’ayant eu lieu quelques jours seulement après le début de la délibération des juges de la Cour Constitutionnelle turque devant se prononcer sur l’interdiction ou non du parti au pouvoir, le parti islamiste auto-proclamé « modéré » AKP. L’attentat n’a pas été revendiqué et si la piste kurde est privilégiée, une piste islamiste ne devrait pas être écartée par principe.

Les onze juges de la Cour ont subi depuis des mois de nombreuses pressions, internationales et nationales, afin d’éviter au parti pro-européen AKP d’être interdit comme l’avait été son prédécesseur, le Refah, à l’islamisme plus affirmé encore, parti dont l’actuel premier ministre Recep Erdogan était d’ailleurs membre. Avec cet attentat et les risques de guerre civile, les juges n’ont pas voulu prendre le risque d’interdire ce parti, ce qui n’aurait en rien empêché un nouveau parti, de même nature, de se présenter au suffrage universel, et probablement de l’emporter. Par ailleurs, l’AKP a lancé une action juridique contre un groupe kémaliste dur, Ergenekon, dont 86 membres sont aujourd’hui mis en examen, parmi lesquels le président de l’association de défense de la mémoire d’Atatürk.

L’Union Européenne fait clairement le jeu des islamistes de l’AKP. Le fait-elle par angélisme, par inconscience ou sciemment, la question reste posée. Le processus d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, qu’un Nicolas Sarkozy en campagne avait prétendu arrêter, permet au nom des droits de l’homme de désarmer les derniers remparts de l’Etat kémaliste et de la laïcité, justice et armée en tête, et de favoriser leur projet de réislamisation du pays, projet qui repose d’abord sur une réislamisation de fait de certaines couches populaires, à l’instar du retour en force du voile islamique dans les rues turques. En ce sens, l’élite kémaliste et la bourgeoisie occidentalisée sont prises en otage dans leur propre pays et par leur propre peuple, et ce sont justement ceux-là qui se sentent les plus européens qui refusent l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne. Et c’est ceux-là qu’il convient de soutenir et non leurs adversaires. Or, que fait l’Union Européenne ? Elle menace les juges de rompre le processus d’adhésion si ceux-ci interdisent l’AKP. Elle lance des signaux clairs de soutien à Erdogan et Gül, comme le font aussi les Etats-Unis. Elle condamne l’intrusion de l’armée dans la vie politique turque, faisant preuve en revanche d’une ingérence inacceptable.

A chaque fois que les forces kémalistes manifestent leur détermination à mettre fin aux actions du nouveau gouvernement islamiste, elles sont poignardées dans le dos par les institutions européennes, que ce soient le Conseil de l’Europe, la Commission Européenne ou les gouvernements. Il y a donc une alliance objective entre la Commission Européenne et l’AKP, dont le but est de faire rentrer un pays essentiellement asiatique, tant sur un plan géographique que civilisationnel, dans l’Union Européenne, au mépris de l’opposition majoritaire des Européens, et en jouant contre les intérêts des plus européens des Turcs, inquiets à raison de la réislamisation rampante de leur pays. Il convient de mettre fin au plus vite à cette alliance anti-démocratique mettant en danger l’équilibre politique de la Turquie et l’avenir de l’Union Européenne.

Soutien aux kémalistes turcs et refus de la Turquie dans l’Union Européenne

Il faut donc soutenir sans état d’âme les forces kémalistes de Turquie, incarnées par le CHP (Parti Républicain du Peuple), parti de centre-gauche et héritier officiel du mouvement de Kemal, et partiellement par certains éléments du MHP (Parti d’Action Nationaliste), qui sont réticentes ou opposées à l’intégration de la Turquie dans l’Union Européenne, processus servant de cheval de Troie, ou plutôt d’Hissarlik, pour les islamistes, afin de briser leurs adversaires.

La meilleure façon de les aider est de clairement mettre fin aussi tôt que possible aux pourparlers d’adhésion, ce qui ne peut résulter que d’un changement politique majeur au sein du parlement européen, et aujourd’hui, seul le PSUNE a les solutions et la volonté pour réorienter le processus unificateur européen vers ce qu’il devrait être, l’antichambre de la construction de la Grande Europe, de l’Islande à la Russie, mais sans la Turquie, et en ayant à cœur l’intérêt primordial des Européens et des Européennes ! Aussi ceux qui veulent réorienter l’Union Européenne vers son cœur doctrinal, unir les Européens et eux seuls, bâtir vraiment l’Europe, doivent nous aider dans cette tâche, humainement et/ou financièrement. En décidant de refuser à la Turquie d’entrer dans l’Union Européenne, on ne pourra que créer un sursaut salvateur en Turquie, et même si ce n’était malheureusement pas le cas, on préservera l’Union contre l’entrée d’un pays qui à tous points de vue la déstabiliserait profondément. Si les Etats-Unis sont si favorables à l’entrée de la Turquie dans l’Union, c’est bien qu’ils y voient leur intérêt, et leur intérêt c’est que l’Union Européenne s’effondre ou soit incapable de résister aux maux, internes et externes, qui la rongent et la rongeront.

Si nous voulons que l’Union Européenne, de première puissance virtuelle, devienne la première puissance mondiale réelle, alors il faut réagir énergiquement, désavouer les gouvernements qui cèdent devant ces maux, les chasser du pouvoir, abolir la Commission Européenne, et bâtir à partir du parlement européen une vraie démocratie européenne, sociale et non libérale, européaniste et non globaliste.

Thomas FERRIER
Secrétaire Général

31 juillet 2008

 
2008/03/06 Intégration turque : menace sur l’Europe Imprimer
Editoriaux

Pour les opposants européanistes à l’intégration turque à l’Union Européenne, les dernières actualités ne sont pas de bonne augure. La réislamisation du pays, symbolisée par la querelle sur le voile islamique à l’université, et la répression armée contre les Kurdes, étaient deux occasions majeures de mettre fin au processus d’adhésion. Or personne n’a su rebondir. De même, le premier ministre Recep Erdogan, sur le sol même de l’Allemagne, est venu expliquer que « l’assimilation est un crime contre l’humanité », ce qui n’est pas une déclaration choquante en soi, si et seulement si il n’exigeait pas dans le même temps de la part de l’Allemagne un effort à l’égard des Turcs immigrés, y compris les naturalisés. Tout cela prouve le profond nationalisme turc, doublé dans ce cas d’islamisme auto-proclamé modéré, et dans les faits le processus d’adhésion favorise ceux qui culturellement sont les moins européens en matière culturelle.

Une autre mauvaise nouvelle s’est ajoutée, à savoir la défaite du président chypriote sortant, au profit d’un nouveau président communiste et chaud partisan d’une réunification de l’île, zone grecque et zone turque. Ce serait un premier pas du monde turc dans l’Union Européenne, en attendant la Turquie stricto sensu puis l’Azerbaïdjan, deux états non-européens mais membres du Conseil de l’Europe. Or, à moins que la Chypre grecque récupère purement et simplement la zone occupée et renvoie les Turcs installés vers la Turquie, ce qui est invraisemblable, cette réunification servirait les intérêts turcs mais évidemment pas les intérêts européens qui seraient notamment que la Turquie reste aux portes de l’Union et n’y entre pas. En revanche, une Chypre davantage hostile à la Turquie servirait la cause des vrais européanistes car elle pourrait bloquer l’adhésion finale et serait donc un véritable garde-fous, les fous étant les irresponsables de la Commission Européenne et les dirigeants européens qui ont lancé le processus en 2005.

Il est en effet irresponsable d’avoir fait des promesses, sans la moindre légitimité démocratique sur laquelle s’appuyer, au mépris de l’opinion publique majoritairement hostile à l’adhésion turque, et sous de faux prétextes. Cela amène ce pays à voir se renforcer en son sein les forces involutives cherchant à briser l’héritage kémaliste, né à une époque où l’Europe comme civilisation apparaissait encore comme un phare. Ce n’est rendre service ni à l’Union Européenne ni à la Turquie mais en revanche cela fait le jeu de la stratégie américaine en Europe, notamment le jeu des partisans d’une UE limitée à n’être qu’un simple marché comme le souhaite le gouvernement britannique par exemple.

Le PSE « social-démocrate », entre guillemets car dans les faits ni socialiste ni démocrate, soutient ainsi un processus qui détruit le CHP turc, le mouvement républicain et social héritier de Kemal Atatürk, pourtant allié de ce même PSE. En clair, la « gauche » « européenne » fait clairement le jeu, une fois de plus, du libéralisme économique et de l’atlantisme et réussit l’exploit de concilier le soutien de fait à un mouvement islamiste « modéré » avec son libertarisme moral.

Dire non à la Turquie de Recep Erdogan, c’est susciter un sursaut républicain et laïc dans ce pays, c’est refuser le principe d’un élargissement à un pays dont l’européanité est extrêmement contestable, et qui ouvrirait la porte à un détournement mondialiste du processus d’unification du continent. Alors qu’on nous annonce qu’un peuple pleinement européen comme le peuple russe resterait aux portes de l’Union, et que l’Ukraine pour le moment voit son aspiration européenne rejetée, la Turquie anatolienne y serait. Nous nous retrouverions avec entre 80 et 90 millions de Turcs et Kurdes réislamisés vers 2020, et à tenter de régler le problème kurde, ce qui amènerait l’Union Européenne à s’occuper des affaires moyen-orientales, bourbier géopolitique par excellence, ce qui dénaturerait profondément le projet européen, ad majorem gloriam Americae.

Thomas Ferrier
Secrétaire Général

6 mars 2008

 
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