La Russie et l'Europe
2008/04/27 La Russie, rempart de l'Europe ? Imprimer

Alors que Vladimir Poutine finit son mandat début mai, remplacé en tant que président par son émule et ami Dimitri Medvedev, la situation géopolitique de la Russie demeure complexe puisque les Etats-Unis, et leurs valets d’Europe centrale et balkanique, encerclent, on l’a précédemment vu dans un autre article, ce grand pays européen. Les analystes russes sont très lucides sur la situation réelle de leur pays mais davantage encore sur celle du reste de l’Europe, tant au niveau démographique que migratoire.


Face à Washington, alors que la France sarkozyste se couche devant la puissance américaine afin de se faire pardonner sonrefus de soutenir la politique américaine en Irak sous le mandat de Chirac, Moscou dit « niet » et hausse le ton. Elle refuse toute intégration de l’Ukraine et de la Géorgie dans l’OTAN ; elle s’oppose à la mise en place d’une base anti-missiles américaine en Pologne et en Tchéquie ; elle condamne l’indépendance du Kosovo tout en soutenant en revanche les véléités séparatistes de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud ; enfin elle rappelle qu’elle a retrouvé une partie de sa puissance et connaît un développement économique plus que significatif, sa croissance pouvant dynamiser le reste du continent, et ce grâce notamment à l’exploitation de ses ressources fossiles.


Cependant, la Russie souffre elle aussi d’un certain nombre de handicaps notamment démographiques, avec une natalité faible mais une mortalité élevée, avec une immigration massive légale et clandestine, surtout celle des Chinois en Sibérie et des turcophones musulmans dans le reste du pays. Il faut en conclure que la Russie est autant menacée d’asiatisation que la France d’africanisation. Mais la Russie a conservé une fierté nationale, et même ethnique, qui la préserve davantage ; elle n’a pas pour le moment connu la repentance, puisqu’elle se refuse même à sâlir systématiquement son passé soviétique (holomodor ou « grande famine » ukrainienne, crimes du stalinisme…) pas plus que son passé impérial.


Aussi, malgré ces handicaps majeurs, la Russie est dans une situation de danger certes mais moindre que celle de l’Europe occidentale. Seule, pourtant, elle est condamnée. Ainsi, pour survivre, l’Europe doit s’unir intégralement c'est-à-dire s’unifier en incluant la Russie. Les forces de l’une et de l’autre se compléteront. Mais le remède sera le même, à savoir renouveau démographique et remigration des flux, en veillant à tenir compte des particularités de la Russie (cas des populations altaïques musulmanes, cas des populations paléo-sibériennes et des autres républiques autonomes).


L’Europe unie est la première puissance mondiale virtuelle mais malgré cela, elle est dominée, démographiquement par les flux migratoires, surtout africains et asiatiques, diplomatiquement et politiquement par les Etats-Unis, politiquement par le droit-de-l’hommisme, économiquement par le capitalisme globalisé. Il faut donc qu’elle se libère de ces diverses tutelles mortifères et cela ne peut se faire que par une véritable révolution dans tous les domaines, révolution politique et juridique d’abord, révolution économique et sociale ensuite, relèvement démographique indigène et restauration de l’européanité enfin.


Selon un démographe russe, la Russie devrait réussir à être peuplée de 200 millions de citoyens contre 142 millions aujourd’hui, c'est-à-dire qu’il lui faudrait non seulement atteindre le taux de renouvellement, dont elle est loin, de 2.1 enfants/femme, endiguer la forte mortalité qui la touche, sans parler des problèmes d’alcoolisme, mais connaître une nouvelle expansion démographique. On peut malheureusement plus que douter de ses capacités à réaliser un tel objectif, car le modèle « européen » actuel lui est incompatible. En clair, la Russie doit être lucide sur sa réalité et ne pas céder à l’illusion de la puissance à laquelle l’URSS a succombé hier, et à laquelle semblent succomber les Etats-Unis aujourd’hui. Elle doit se méfier certes des manœuvres américaines mais aussi de la menace asiatique, en particulier chinoise. L’Europe restante doit également se garder de mettre tous ses espoirs sur la Russie pour se relever. Une Russie qui se penserait trop forte ferait une erreur majeure qui pourrait être fatale pour elle comme pour toute l’Europe.


L’ancien président polonais Kwasniewski, le premier ministre italien Berlusconi, ami de Poutine, tous deux pensent que la Russie doit faire partie de l’Union Européenne. La « maison européenne commune » de Gorbatchev, la « Grande Europe de l’Islande à l’Oural et par extension au Pacifique » de Poutine, prouvent qu’il existe aussi du côté russe une volonté implicite. Mais cela ne sera possible qu’en excluant des affaires européennes les Etats-Unis.

C’est l’alliance profonde de l’Union Européenne et de la Russie qui peut susciter au sein de ces deux entités le renouveau. La puissance réelle alors développée pourrait permettre un sursaut moral, ensuite idéologique/politique, démographique, identitaire, un sursaut salvateur. Cette alliance ne sera possible que si chacun se regarde honnêtement et lucidement dans la glace, et se comprend menacé.


Thomas FERRIER
Secrétaire Général

27 avril 2008

 
2007/12/16 La Russie face aux Etats-Unis ? Imprimer

Des élections russes contestées

A l’issue des élections parlementaires russes du début décembre, où le parti de Vladimir Poutine, « Russie Unie », a obtenu près de 65% des voix, le gouvernement américain a fait part de plus que son agacement face à ce qu’il a estimé être une élection truquée et un recul de la démocratie en Russie. Il faut se souvenir qu’en 2000 George Bush avait lui-aussi été élu alors que de forts suspicions de fraude avaient pesé sur l’élection. Il est donc choquant que les Etats-Unis se permettent ainsi de donner des leçons de démocratie à la Russie. Il ne s’agit pas pour autant de nier que notamment en Tchétchénie, où il y a eu 99% de participation et 98% des voix pour « Russie Unie », des résultats ne sont pas troublants, mais si on analyse globalement la situation politique de la Russie, les résultats obtenus ne sont pas vraiment étonnants, et par ailleurs quatre partis sont entrés en parlement. La LDPR de Vladimir Jirinovski atteint les 8%, ce qui est conforme aux résultats de son parti depuis plusieurs années, loin des 25% des voix obtenus en 1993. Le parti « Russie Juste », né de feu « Rodina » et qui se présente désormais comme un mouvement social-démocrate, résiste bien avec un peu plus de 7,8% des voix, contre 9% environ en 2004 pour Rodina. Un autre héritier de ce mouvement, alliance de « Patriotes de Russie » de Semiguine et de « Grande Russie » de Savelyev (et Rogozine), n’a pas atteint les 1% des voix, se contentant d’un faible 0,89%.

A vrai dire, le véritable perdant de ce scrutin c’est le cœur authentique de l’ex-Rodina, puisque Babourine n’a pas pu être candidat, et que Rogozine n’a pas pu se présenter. Mais ce dernier a été nommé par Poutine comme représentant de la Russie à l’OTAN, ce qui est la reconnaissance de ses compétences. Cela permet aussi au président russe d’écarter de la course au pouvoir un prétendant au titre sérieux, connu pour sa défense des Russes à l’étranger, en tant qu’ancien dirigeant de l’Union des Communautés Russes.

Quant à l’ « opposition » libérale, les partis « Union des Droites » et « Iabloko », associés à la période Elstine, sont laminés, aux alentours de 1% chacun, et lorsque les media occidentaux mettent en avant Kasparov (associé au national-bolchevik Limonov), qui ne représente personne en Russie, c’est une pure manipulation médiatique. Certes, on pourrait regretter que Poutine n’ait pas permis à Kasparov de se présenter, ce qui aurait permis de tester sa popularité réelle, qui doit être dérisoire. Poutine n’a pas besoin de forcer les Russes à détester par exemple un Boris Berezovski, réfugié à Londres et considéré par le russe de la rue comme l’un des pilleurs du pays lors de l’effondrement du régime soviétique.

Le problème du Kosovo.

Autre facteur de tension entre la Russie et l’Occident, le Kosovo est une épine dans le pied de l’Europe, surtout qu’il sert d’affrontement idéologique, alors que l’étude de la situation est complexe et n’inciterait pas aux simplifications abusives. Entre la Russie, qui soutient la Serbie, et les Etats-Unis, qui soutiennent l’indépendance du Kosovo, position derrière laquelle une partie des pays de l’Union Européenne s’est rangée (Royaume-Uni, France, Allemagne, Pologne notamment), il y a ainsi une opposition frontale. Mais l’intérêt des Serbes et des Kosovars, manipulés par deux nationalismes (serbe et albanais), est oublié et la vérité historique aussi. Dans les Balkans, il n’y a pas les victimes d’un côté et les coupables de l’autre.

Certains européens défendant la Serbie nous expliquent que le Kosovo n’est devenu majoritairement albanais que par l’immigration et la natalité des Albanais de confession musulmane, et comparent cette situation avec la question des flux migratoires en Europe occidentale. Or cela n’a strictement rien à voir. Les Albanais comme les Serbes sont des Européens, et il s’agit d’un conflit de frontières classique dans les Balkans. Ils dénoncent à juste titre l’expulsion dont les Serbes du Kosovo ont été victimes, mais oublient que dans les années 20 et 30, de nombreux albanais du Kosovo avaient été expulsés par la Yougoslavie et que des paysans serbes avaient été installés dans cette région. Ils oublient que lors de la bataille de Kossovo en 1389, Albanais et Serbes étaient alliés, se sont battus ensemble et sont morts ensemble face aux Ottomans. Il ne s’agit donc pas de prendre le parti des Albanais du Kosovo contre les Serbes ou des Serbes contre les Albanais du Kosovo, mais de prendre acte de la situation actuelle, et du fait que les Albanais, qui ont toujours été présents au Kosovo, sont désormais très majoritaires et que l’indépendance du pays paraît incontournable. Ne vaudrait-il pas mieux pour l’Union Européenne intervenir de manière concertée avec la Russie sur cette question, en écartant les Etats-Unis de l’affaire. A savoir qu’il faut préparer l’entrée de la Serbie, de la Bosnie-Herzégovine, de l’Albanie, du Kosovo et de la Macédoine dans l’Union Européenne au plus vite, ce qui rendra la question de l’indépendance beaucoup moins importante, par exemple en prévoyant la date de 2010, date prévue pour l’entrée de la Croatie dans l’UE. A savoir aussi qu’il faut tendre une main fraternelle à la Russie et coupler la résolution du problème du Kosovo avec par exemple un refus affirmé de la construction de bases américaines en Europe centrale (en Pologne et en Tchéquie). Enfin, il me paraît important de reconnaître le droit des Abkhazes à un état et le droit des Ossètes du sud à se rattacher à leurs voisins du nord pour former un état ossète unitaire, indépendant ou membre de la Fédération de Russie.

A propos des bases anti-missiles en Pologne

Enfin, il ne faut pas oublier le problème des bases anti-missiles ABM que les Etats-Unis continuent de vouloir construire, malgré l’opposition résolue de Moscou. En effet, le 14 décembre, le chef d’état-major de l’armée russe a à nouveau mis en garde les Etats-Unis contre le risque militaire qui pouvait résulter de leur construction. Pour les russes, ces bases ne sont pas tant dirigées contre l’Iran que contre leur pays. Le nouveau premier ministre polonais Donald Tusk a adopté une position plus prudente que son prédécesseur, puisqu’il œuvre pour une réconciliation russo-polonaise. Poutine a ainsi autorisé à nouveau l’importation de viande polonaise et la Pologne semble décidé à retirer son veto afin que l’Union Européenne puisse à nouveau signer un accord de partenariat avec la Russie.

Il va de soi, pour les européanistes que nous sommes, que nous ne pouvons pas accepter les manifestations d’un impérialisme diplomatique américain sur l’Europe, et qu’il faut selon nous clairement que l’Union Européenne s’oppose à la construction de ces bases, l’une en Pologne, l’autre en Tchéquie. Celles-ci seraient un facteur de tensions avec la Russie et de nouvelle division de l’Europe. La Russie fait complètement partie de la civilisation européenne, et nous ne souhaitons pas qu’elle soit « rejetée en Asie » par des diplomates européens ayant choisi le parti de Washington.

Aussi, en conservant notre lucidité sur la situation russe actuelle, qui est préoccupante, Vladimir Fedorovski ayant à juste titre rappelé qu’il y avait probablement entre 15 et 20 millions d’immigrés clandestins chinois en Sibérie par exemple, alors que l’effondrement démographique russe continue, même si des signes encourageants sont apparus, à savoir le retour de russes expatriés et de moins mauvais chiffres dans le domaine de la natalité, et que la pauvreté en Russie reste endémique, il faut clairement s’opposer aux manœuvres américaines en Europe centrale et soutenir la Russie. Mais, en revanche, sur la question du Kosovo, il faut prendre une position strictement européenne qui en soit ni albanophobe ni serbophobe mais favorable à la réconciliation, indépendance du Kosovo (qui semble incontournable, qu’on le déplore ou qu’on s’en réjouisse) ou pas, et cela implique de reconnaître aux Albanais du Kosovo leur pleine européanité, comme on la reconnaît par ailleurs aux Serbes.

Thomas Ferrier
Secrétaire Général

16 décembre 2007

 
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