Mon pays, l'Europe
2007/05/09 Fête de l'Europe Imprimer

Troubles à Ankara

Depuis quelques semaines, la Turquie connaît une grave crise politique opposant les islamistes auto-proclamés « modérés » de l’AKP, dirigés par le premier ministre Recep Erdogan, avec les héritiers idéologiques de Kemal Atatürk, incarnés notamment par la gauche nationale, le CHP, et par la droite nationale, le MHP. L’armée, gardienne du dogme laïc, est sortie de sa réserve pour contrer le risque de voir un islamiste être élu par le parlement à la présidence du pays. A l’origine, Recep Erdogan ambitionnait ce poste, mais en raison d’une opposition de la rue et des protestations des généraux, il a préféré renoncer et a proposé son ami, le ministre des affaires étrangères Abdullah Gül, à la présidence. En raison d’un boycott des élus kémalistes, le quorum n’étant pas atteint, l’élection de Gül a été invalidée par l’équivalent turc de notre conseil constitutionnel. Dès lors, Erdogan a été obligé d’avancer la date des élections législatives au début du mois de juillet, et le risque que son parti soit battu est réel.

Parallèlement, l’élection de Nicolas Sarkozy, qui s’est engagé à s’opposer à l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne, a provoqué des réactions inquiètes à Ankara, dans un contexte tendu. Même les Turcs les plus europhiles doutent désormais et cela ne peut que profiter au CHP et au MHP, hostiles l’un et l’autre à l’intégration européenne, et qui étaient à la tête de la coalition au pouvoir précédant la victoire de l’AKP islamiste. Aussi la perspective inquiétante pour les partisans de l’Europe Politique que nous sommes de l’entrée dans dix ans de ce pays, entrée encouragée par les USA et par le Royaume-Uni, semble s’éloigner, non du fait de l’Union Européenne mais des Turcs eux-mêmes, et c’est une bonne nouvelle.

La Pologne sous botte américaine ?

L’affaire des bases américaines en Europe centrale continue de faire des vagues, Vladimir Poutine ayant décidé de hausser le ton et de manifester son opposition absolue à ce projet qui, à ses yeux, et à raison, est une provocation et qui s’inscrit dans la stratégie américaine d’encercler et d’isoler la Russie. Et toute la stratégie des euro-socialistes, c’est au contraire de tendre une main fraternelle au peuple russe dans le but de l’intégration de la Russie, un pays indéniablement européen, dans l’UE.
Le problème c’est que le gouvernement polonais actuel, conservateur, nationaliste et clérical, est foncièrement russophobe, et un allié fidèle des USA. Il souhaite donc accepter, contre son opinion politique [67% des polonais y sont opposés, dont le parti Samoobrona d’Andrej Lepper, membre de la coalition au pouvoir], cette base anti-missiles, un autre dispositif américain étant prévu en Tchéquie, là encore contre l’opinion.

Contrairement à ces eurosceptiques qui sont prêts à se soumettre au prétendu bouclier américain plutôt que de chercher à se réconcilier avec leurs voisins européens, nous sommes déterminés à libérer l’Europe de toute tutelle américaine, y compris de l’OTAN, et ce au profit d’une véritable armée européenne unifiée, regroupant toutes les troupes du continent [Russie incluse] et qui, elle, sera chargée de sa défense.

Nous ne pouvons que déplorer les tensions actuelles entre l’Union Européenne et la Russie résultant de cet alignement de plusieurs pays d’Europe médiane sur les positions de Washington. La Pologne, soutenue par la Lituanie, a ainsi fait échouer un accord énergétique entre Bruxelles et Moscou, l’Estonie a réveillé de vieux démons en démantelant un monument dédié aux soldats soviétiques. En retour, la Russie s’oppose à toute résolution de la question du Kosovo autre que le maintien pur et simple, mais illusoire, dans la Serbie. Les USA soutiennent de leur côté la Géorgie contre les séparatismes ossète et abkhaze soutenus par la Russie. Seule une Europe politique vraiment indépendante pourrait résoudre ces conflits, car en son sein, l’existence d’une province d’Ossétie et d’une province de Kosovë ne poserait aucun problème. Il nous faut réconcilier tous les peuples européens, tâche prométhéenne mais indispensable. Et il nous faut triompher de ceux qui cherchent à maintenir l’Europe divisée, à savoir les atlantistes, les alter-mondialistes et les souverainistes.

L’Europe, notre patrie !

En ce jour de fête de l’Europe, ce 9 mai qui rappelle la déclaration Schuman, mais qui était aussi une fête dédiée aux ancêtres dans la vieille Rome, par un heureux hasard, nous rappelons ici que, l’Europe éternelle, fille d’Athènes et de Rome, est notre patrie, que nous l’honorons et que nous la défendrons. Nous entendons œuvrer pour la pax europaea et pour la renaissance de notre civilisation, et ce par la révolution européenne, par la volonté démocratique des Européens d’unir un continent que la contingence a divisé. Car reuolutio erit renouatio.

Fêtons donc l’Europe, notre mère, pour que demain elle soit à nouveau puissante, prospère et féconde !

Thomas Ferrier
Secrétaire général

9 mai 2007

 
2006/12/28 Combat pour Bruxelles Imprimer

« Le grand homme de demain, attendu de tous, ne se bornera pas à parler de la patrie européenne ; il mettra l’Europe, peuple et chefs, sur le pied de croisade, pour la création immédiate de cette patrie européenne. (…) C’est sur le peuple qu’il s’appuiera, le peuple qui, incontestablement, veut la Paix. Fort de l’opinion publique, il obligera les chefs à s’unir tout de suite en assemblée constituante. (…) Et non par sur un sur-Etat de papier, mais sur un sur-Etat armé financièrement, juridiquement, diplomatiquement, militairement. Non pas une Société des Nations d’Europe, mais un Reich d’Europe, mais des Etats-Unis d’Europe. Un véritable Etat (…) C’est une chose certaine : ou les partis de gouvernement vont faire la patrie européenne, ou ils seront balayés ». C’est ainsi que s’exprime Gaston Riou, en 1928, dans son ouvrage-clé « Europe, ma patrie ». Il a alors quarante-cinq ans et est un membre éminent du parti radical-socialiste et le fondateur de la Ligue France-Europe. Ce proche de Daladier s’inscrit dans une optique assez proche de celle d’Aristide Briand mais bien plus révolutionnaire européenne que ce dernier.

Or ce qu’énonce Gaston Riou est quatre-vingt ans après toujours valide, bien plus encore même qu’à son époque. Et ce rêve européen, malgré l’existence d’une Union Européenne, est encore très loin d’avoir été réalisé, et semble même au point mort. Contrairement à ce que distille la propagande souverainiste, l’Union Européenne n’a pas été faite contre les Etats, comme le proposait Riou, mais avec leur assentiment, et ce n’est pas une construction politique mais un grand marché qui ne remet pas en cause les prébendes des dirigeants des états. D’ailleurs, ceux qui sont à la tête des institutions européennes d’aujourd’hui sont mis en place par une négociation entre les gouvernements ou sont même membres des dits gouvernements. La Commission Européenne, qui n’est pas élue par les citoyens, même pas par leurs représentants au parlement européen, est composée de 25 membres, autant que d’états, et ceux-ci, en particulier son président, sont cooptés par les gouvernements.

Enfin, les deux autres conseils, le Conseil de l’Union Européenne et le Conseil Européen rassemblent soit les chefs d’état et de gouvernement, soit les ministres d’un domaine spécifique. En revanche, les pouvoirs du Parlement Européen sont très limités, et celui-ci de toutes façons n’est pas élu à l’échelle de l’Europe mais au sein des Etats.

En somme, l’Union Européenne actuelle fuit la transparence démocratique, les représentants du peuple européen que sont les députés de Strasbourg n’ont pas de réel pouvoir, et d’ailleurs ne veulent pas en avoir, et de plus les représentants des mouvements souverainistes font tout pour saboter son maigre travail. On le voit avec la question de l’intégration de la Turquie dans l’Union Européenne. Alors que le Parlement Européen a émis un avis extrêmement critique envers Ankara, la Commission Européenne a préféré au contraire repousser sa décision à la mi-décembre et on peut douter qu’elle mette fin au processus d’intégration, malgré l’attitude du gouvernement turc de Recep Erdogan en la matière. Plus les institutions européennes sont proches du peuple, plus elles agissent utilement, mais la Commission Européenne est extrêmement éloignée des considérations populaires, encore davantage même que les gouvernements des Etats. Tout cela favorise d’ailleurs les protestations nationalistes et/ou souverainistes qui veulent profiter de la perte de confiance des dites institutions au sein de l’opinion. Le taux de participation aux élections européennes en 2004 n’a été que d’environ 44%, ce qui est très significatif du désintérêt voire du rejet de l’opinion européenne pour les dites institutions.

Cette façon de construire l’Europe sans consulter les peuples, ou le moins possible, mais surtout sans remettre en cause la dimension politique de la souveraineté des Etats, nous la devons paradoxalement aux ancêtres des souverainistes et aux communistes. En effet, en 1952, Jean Monnet, dont les adversaires dénonçaient un alignement sur les autorités américaines, propose ce qui aurait pu servir de fondement à une future armée européenne, à savoir la Communauté Européenne de Défense, dont la jeune république fédérale allemande aurait été membre, ce qui impliquait la création d’une nouvelle Bundeswehr. En 1954, c’est le parlement français, car la quatrième république rejette le principe du referendum, qui doit la voter. La convergence des communistes et des gaullistes, ainsi que le manque de courage des partis modérés, vont faire échouer la CED. Cet échec aura des conséquences dramatiques, car à partir de là, plus personne n’osera proposer une construction politique européenne remettant en cause la souveraineté des Etats. Mais surtout elle favorisera le parti américain en Europe. En effet, l’échec de la CED aboutit à la création dans le cadre de l’OTAN d’une Union de l’Europe Occidentale, dont l’Allemagne fera partie. Non seulement le vote de défiance français n’empêchera pas la création d’une nouvelle armée allemande, mais il alignera la politique militaire des Etats d’Europe de l’Ouest sur celle des USA. « Beau résultat », en vérité. Ainsi l’unification européenne sera celle de la Communauté Economique qui, comme son nom l’indique, établira un marché commun mais se gardera bien d’aller dans le sens d’une communauté politique. Certes, en 1979 est crée le parlement européen, mais ses pouvoirs sont très faibles.

Cette absence de démocratie européenne, à laquelle il faut ajouter l’incapacité des institutions européennes actuelles à mettre en place des politiques qui préserveraient l’Europe et les Européens, on la constate en particulier concernant la question de la Turquie, on l’a vu. C’est une affaire finalement ancienne puisqu’elle remonte à 1964. Le 1er décembre de cette année là, la CEE signe avec la Turquie un traité d’association, ce qui implique en vérité que la Turquie a vocation à faire partie de ce grand marché économique qui deviendra l’Union Européenne. Aucun peuple européen n’a évidemment été consulté à l’époque et c’est en raison de ce traité que quarante ans après, en 2005, la Turquie a pu commencer un processus d’adhésion à l’Union Européenne, tout simplement en raison d’une promesse faite par des dirigeants européens sans légitimité. Mais les Européens n’ont pas à être tributaires de décisions auxquelles ils n’ont pas été associés ; en tout cas, c’est ainsi que cela devrait être dans une véritable démocratie.

Une autre illustration de cette absence de vision européenne unitaire, ce sont les divisions de l’UE sur la question de l’intervention en Irak. Là encore, l’Europe n’a pas été capable de prendre une décision unilatérale, quelle qu’ait été celle-ci, et une « Europe », l’axe Paris-Berlin-Moscou, a été opposée à une autre Europe, composée des états d’Europe méridionale – Espagne et Italie notamment – et des états d’Europe médiane récemment intégrés. De la même façon, ces derniers maintiennent une attitude russophobe alors qu’il faudrait au contraire que l’Union Européenne tende une main fraternelle à la Russie et ne cède pas à la politique américaine qui vise à encercler ce grand pays en suscitant des pseudo-révolutions chez ses voisins, comme en Ukraine ou en Géorgie, ou en soutenant la Pologne de manière à l’inciter à adopter une attitude atlantiste.

Dans ce pays, les frères Kaczinski, l’un président et l’autre premier ministre, défendent une politique rétrograde en matière de mœurs, voulant interdire toutes les formes d’avortement, même en cas de viol ou de mise en danger de la mère, achètent du matériel américain et non européen pour leur armée, soutiennent l’action des Etats-Unis en Irak et cautionnent une russophobie obsessionnelle. Le seul homme politique polonais à avoir proposé une alternative, c’est Andrej Lepper, du mouvement Samoobrona, qui fait à nouveau partie du gouvernement mais qui avait été révoqué en raison de son positionnement russophile et de son hostilité à la politique américaine.

Ainsi, l’Union Européenne est-elle bien incapable de décider de son avenir. Ni sur la question de la Turquie, ni vis-à-vis des Etats-Unis, elle n’est en mesure de trancher. Nous n’avons pas affaire à un état européen même en gestation, mais à une alliance ambiguë et partielle entre des états d’Europe dont l’ambition se limite à des considérations économiques. Quand Nicolas Sarkozy propose de mettre en place un mini-traité européen, proposant l’élection du président de la Commission par les parlementaires européens, ou quand il propose de créer un Office Européen de l’Immigration pour éviter que certains états régularisent en masse les clandestins, ses autres partenaires européens lui rient au nez. Le traité pour une constitution européenne, de la même façon, était très peu ambitieux, très conformiste, ouvertement favorable à l’intégration de la Turquie dans l’Union Européenne, et ultra-libéral. Quand l’Union Européenne devrait défendre l’européanité de l’Europe ou les acquis sociaux de ses travailleurs, ou encore favoriser l’harmonisation sociale, elle est aux abonnés absents. Lorsque les souverainistes accusent l’Union Européenne de tous les maux, ils oublient volontairement qu’elle est fondamentalement impuissante.

Que faire alors ? Revenir à une Europe divisée en de multiples états, et sans Union Européenne, comme le proposent les souverainistes ? Ce serait préférer une Europe de l’impuissance à une autre. Non, l’avenir de l’Europe en tant que telle, de sa civilisation, passe par une véritable unification politique, telle que le proposait Gaston Riou et telle que le PSUNE la propose aujourd’hui. Il ne s’agit pas tant de renverser l’Union Européenne actuelle que d’en prendre démocratiquement la tête, et d’amener celle-ci à autre chose, à savoir à un état-nation Europe digne de ce nom, avec un gouvernement européen déterminé et qui ne parle que d’une seule voix, une Europe qui protègera vraiment sa population comme son économie. C’est au parlement européen qu’il nous faudra agir, afin que nous y soyions majoritaires, avec ou sans alliés, et que nous puissions en faire une assemblée constituante qui créera les institutions de l’Europe-Nation de demain. Les anciens états européens perdront toute souveraineté politique, non au profit d’une institution mondialiste, mais au profit d’une souveraineté européenne.

Le PSUNE est un parti jeune, tant au niveau de sa fondation, il y a quelques mois, qu’au niveau de l’âge de ses membres. Il ne dispose pour le moment que de moyens fort limités et d’une médiatisation quasi inexistante. Mais il a pour lui de défendre un projet véritablement novateur et salvateur pour l’Europe. Si « la meilleure défense est l’attaque », alors c’est bien par une démarche révolutionnaire que l’Europe s’en sortira et non en flattant les nationalismes ou en défendant une logique mondialiste. L’Europe que nous proposons, c’est celle à laquelle aspirent les Européens, à savoir une Europe européenne, préservant son identité, s’opposant à l’intégration de la Turquie dans l’Union Européenne, s’opposant également à l’impérialisme américain en Europe, proposant une nationalité européenne fondée sur le principe du droit démocratique du sang (ius sanguinis) et tendant une main sincère et fraternelle à la Russie, qui a pleine vocation à faire partie de l’Europe politique pour laquelle nous nous battons. L’Europe que nous proposons, c’est aussi une Europe vraiment sociale, et ce par la mise en place d’un socialisme européen moderne, réaliste, non-marxiste, recherchant à conjuguer prospérité et protection, notamment proposant une harmonisation sociale digne de ce nom, afin de combattre le dumping social intra-européen, proposant aussi un protectionnisme économique européen, afin de préserver l’emploi en Europe ainsi que nos productions et savoir-faire. Enfin, nous défendons une Europe vraiment démocratique, où le peuple européen, désormais au singulier, aura son mot à dire, et ce par l’instauration de referenda européens sur les questions importantes, par la mise en place d’un mandat impératif pour les députés européens, par l’instauration du referendum européen d’initiative populaire, et par une constitution européenne émanant d’une assemblée constituante élue par tous les citoyens européens.

Voilà quel est le sens que doit prendre notre action et à laquelle je souhaite que le plus grand nombre puisse s’associer, car sans le soutien du peuple, nous ne pourrons rien faire, mais pour obtenir le dit soutien, faut-il encore que celui-ci nous connaisse, ainsi que nos propositions, et le travail qui nous attend va être de parvenir à nous médiatiser avant d’affronter l’enjeu électoral qui doit être les élections européennes de 2009, si nous en avons les moyens.

 

Thomas Ferrier

Secrétaire Général

28 décembre 2006

 


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