Géostratégie et Défense
2009/03/25 OTAN ou armée européenne ? Imprimer

Nicolas Sarkozy vient de mettre officiellement un terme au mythe souverainiste d’une France indépendante de l’OTAN, ce qui a au moins le mérite de la clarté et de la franchise. L’hypocrisie précédente cède ainsi la place à un visage atlantiste assumé.

Le président français nous explique ainsi, pour justifier de son action, que si la France prend toute sa place dans l’OTAN, en intégrant son état-major, elle bénéficiera d’une plus grande liberté de manœuvre sur un plan diplomatique, elle rassurera nos alliés européens et elle contribuera à faire avancer le projet d’une défense européenne. Bien évidemment, aucun de ces arguments n’est crédible, à l’exception de la réaction positive des partisans européens d’un alignement sur Washington.

Nous n’allons pas raisonner comme le troupeau des « franchouillards », Bayrou et Le Pen en tête, mais en européens. De ce point de vue, la décision prise par Sarkozy est un épiphénomène qui n’excite que l’opposition nationale au président français en exercice. C’est une mesurette sans grandes conséquences qui fait réagir ceux qui par ailleurs ne proposent aucune défense européenne digne de ce nom, à l’instar d’un Le Pen ou d’un Villiers opposés farouchement à toute idée d’une armée européenne, même en gestation.

Un véritable européaniste se moque que la France soit dans l’OTAN ou n’y soit pas, car le problème c’est l’existence de l’OTAN en tant que telle, c’est le fait qu’autant de pays européens en fassent partie, avec dans un petit mois la Croatie et l’Albanie en plus, et dans quelques années, peut-être aussi l’Ukraine et la Géorgie. Pourquoi doit-on s’opposer à l’OTAN, non pas au nom de la France mythifiée mais au nom de l’Europe entière ? En premier lieu, cette organisation inféode une partie importante de l’Europe à la politique américaine. En outre, elle attise la russophobie latente des pays d’Europe centrale et orientale, même si la nouvelle administration américaine, avec Obama à sa tête, semble plus prudente. Enfin, elle interdit toute possibilité de voir naître une Europe libre et souveraine, souveraine avant tout car capable d’assurer sa défense seule.

Pour bâtir cette grande armée moderne que doit être l’armée européenne, héritière des traditions militaires du continent depuis l’époque des phalanges helléniques et des légions romaines, en passant par les armées européennes des XIXème et XXème siècles entre autres, il convient de bâtir un état européen unitaire, avec son ministère européen de la défense, avec des entreprises européennes de l’armement à la pointe du progrès, avec la mutualisation de l’arsenal nucléaire du Royaume-Uni, de la France et de la Russie. Il faut également mettre en place un état-major européen de qualité, en veillant à choisir des militaires non atlantistes et patriotes européens. Enfin, il s’agit d’unifier l’ensemble des troupes européennes, à l’exception des éléments peu sûrs, en les regroupant par langue pour des raisons d’efficacité et de simplicité. On pourra aussi faire appel aux militaires de carrière à la retraite pour former les nouvelles recrues. Enfin, cette armée devra être vigilante quant au danger nationaliste en son sein, et la mise en place de manœuvres conjointes afin de développer un véritable esprit de corps pourra y contribuer.

Tout cela reste néanmoins un vœu pieux puisque l’Europe demeure pour le moment liée, et même assujettie, aux Etats-Unis via l’OTAN. Avec la chute de l’Union Soviétique en 1991, la légitimité de l’OTAN dans la période post-soviétique est nulle. Il s’agit donc de rendre caduque ce traité de l’Atlantique Nord, dont l’existence ne se justifie plus, ce qui rentrerait dans notre projet d’une table rase juridique au niveau européen. Les conséquences seraient le départ de fait de tous les états européens de l’OTAN, n’y laissant plus que les USA, le Canada et la Turquie, ce qui annoncerait la disparition pure et simple de cette organisation. Cela amènerait aussi au démantèlement de toutes les bases, terrestres comme navales, américaines en Europe, comprenant notamment la base « géante » installée au Kosovo, toute base anti-missiles qui serait installé sur notre continent, et également le système Echelon. Cela impliquerait de la même façon le rapatriement des troupes américaines installées en Europe.

Toutefois, cela ne signifie pas que l’armée européenne de demain ne puisse pas travailler, de concert avec l’armée américaine, sur des opérations conjointes, mais si et seulement si des intérêts européens significatifs sont concernés. Nous ne devons pas agir pour plaire aux Etats-Unis mais uniquement en fonction de l’intérêt général de notre peuple.

Ainsi, entre une Europe vassale des Etats-Unis et une armée européenne unitaire et puissante, les Européens doivent choisir mais ce qui est certain, c’est que rester dans le domaine de la défense dans un cadre national classique condamne l’Europe à l’impuissance. Au PSUNE, nous avons fait le choix de défendre le principe d’une rupture de l’Europe toute entière, Royaume-Uni inclus, d’avec l’OTAN afin que les Européens puissent bâtir l’armée européenne du futur, qui ne se limitera pas à un quelconque Eurocorps symbolique. Une Europe puissante doit avoir à sa disposition une armée puissante et fidèle, une armée certes professionnalisée mais composée de citoyens volontaires et non de mercenaires. Voilà ce qui constitue notre combat en matière de défense européenne, à rebours aussi bien du mensonge souverainiste que de la veulerie atlantiste.

Thomas FERRIER
Secrétaire Général du PSUNE

 
2008/08/11 Guerre en Ossétie, guerre en Europe ! Imprimer

Montrer du doigt les vrais responsables

La guerre entre la Russie et la Géorgie fait rage depuis maintenant plusieurs jours après l’intervention musclée lancée par la Géorgie en Ossétie du Sud. Il est bien clair, n’en déplaise aux télévisions occidentales qui pratiquent une propagande russophobe inacceptable, que le premier agresseur dans ce conflit, c’est bien l’état géorgien et son président, Mikheil Saakachvili, qui n’a pu agir que parce qu’il a été encouragé par les Etats-Unis et dans une moindre mesure par certains états européens d’Europe centrale et orientale. Il s’attendait sans doute à ce que la Russie réagisse mollement et que les Etats-Unis le soutiennent explicitement. Il n’en a rien été.

Cette campagne meurtrière, coûteuse en vies ossètes, géorgiennes, abkhazes et russes, n’aura d’ailleurs servi à rien si ce n’est à permettre à la Russie de faire la preuve de sa force retrouvée, même si elle s’en serait bien passée. Il était en effet impensable que la Russie n’intervienne pas militairement pour protéger la population ossète de l’agression géorgienne, d’autant plus que beaucoup d’Ossètes du Sud bénéficient d’un passeport russe. Nous ignorons, tant la propagande dans tous les camps est intense, la réalité du terrain, et si la Russie a, oui ou non, pénétré en territoire géorgien proprement dit, autrement que par des attaques aériennes ciblées.

Nous ne pouvons que déplorer les pertes humaines, tous camps confondus, des personnes, militaires ou civiles, mortes pour rien, car de ce conflit rien ne sortira. L’Ossétie du Sud continuera d’être indépendante de fait, comme elle l’est depuis 1992 mais elle ne pourra pas se rattacher à la Russie ni ne pourra espérer la réunification des deux Osséties dans un nouvel état indépendant. Elle restera à la merci d’une nouvelle agression de Tbilissi, lorsque la Géorgie aura repris des forces après ce qui semble être une défaite retentissante face aux troupes russes. La Russie perdra encore davantage de crédit en Europe occidentale, même si elle ne pouvait pas laisser faire et même si elle est essentiellement dans son bon droit. C’était bien le but recherché par les Etats-Unis, qui savaient bien que la faible Géorgie ne tiendrait pas longtemps face à l’ours russe, à savoir isoler un peu plus la Russie, selon la stratégie de l’anaconda, stratégie encouragée par les europhobes et russophobes qui dirigent plusieurs états d’Europe centrale et orientale, notamment le président polonais Lev Kaczynski, et la séparer davantage encore du reste de l’Europe. On retrouve cette vieille opposition symbolique entre l’ours et le serpent, et dans ce combat titanesque, l’Union Européenne devrait choisir le bon camp, celui de la Russie.

Quels sont donc les responsables principaux de cette stratégie ? Les Etats-Unis. En effet, ils ne cessent d’encourager en Europe les forces centrifuges, en attisant la russophobie dans tous les états d’Europe centrale, orientale, balkanique et caucasienne, en favorisant le parti américain en Europe occidentale, en empêchant de fait via l’OTAN toute émergence d’une défense européenne indépendante. L’OTAN est en effet sans raison d’être puisque le bloc soviétique n’existe plus, et elle aurait dû s’auto-dissoudre, mais elle sert maintenant de cheval de Troie au service des Etats-Unis en Europe.

Soutenir le bon camp, mais en conservant l’esprit critique

Les européanistes que nous sommes soutenons d’abord le camp des Européens, et ici il s’agit de celui des victimes de ce conflit, toutes européennes, et nous présentons aux familles des disparus nos plus sincères condoléances. Mais nous ne pouvons en aucun cas soutenir la politique criminelle du président géorgien, élu sans véritable transparence démocratique, qui est d’abord et avant tout le premier agresseur. Si la Russie est intervenue, c’est avant tout par réaction à la campagne militaire géorgienne lancée contre les Ossètes et contre les Abkhazes. Or c’est elle qu’on montre aujourd’hui du doigt et non le coupable.

Mais si elle est intervenue de cette manière, c’est parce que personne dans l’Union Européenne n’a condamné avec fermeté l’agression géorgienne. C’est aussi parce que l’Union Européenne est incapable d’avoir une position claire et surtout indépendante. Il y a beaucoup trop de gouvernements parmi les 27 états membres qui s’aplatissent à quatre pattes devant leur maître américain. Ce faisant, ils trahissent leurs peuples et ils trahissent l’Europe. Comment les gouvernements polonais et tchèque peuvent se regarder dans la glace alors qu’ils ont autorisé, contre leur opinion publique, contre leurs intérêts et ceux de l’Europe, la construction d’une base anti-missiles américaine parfaitement inutile dans chacun des deux pays, base qui constitue d’un point de vue géostratégique une insulte à l’égard de la Russie.

Maintenant gardons nous de tomber dans l’angélisme russophile. Le nationalisme russe n’est pas plus notre allié que le nationalisme français ; il est excessif, injuste, contre-productif, en outre parfaitement obsolète. Dans ce conflit, la Russie a fait son devoir mais elle en profite aussi pour tenter de mettre à bas un gouvernement géorgien certes détestable, ce qui va plus loin que la simple défense de l’Ossétie. Nous le regrettons mais nous comprenons aussi pourquoi la Russie est amenée à ces excès.

Elle est excessive parce que l’Union Européenne en est la principale responsable, elle qui se montre incapable de susciter l’élan du peuple la composant, elle qui se montre incapable de se libérer de la tutelle américaine, elle qui est libérale économiquement, quand son peuple attend une grande politique sociale, divisée et impuissante politiquement, suicidaire démographiquement, migratoirement et juridiquement, en outre elle apparaît comme un nain militaire, sans ambitions géopolitiques, sans frontières bien définies. Si la Russie tourne le dos au reste de l’Europe, c’est parce que d’abord le reste de l’Europe lui tourne le dos et ce pour plaire à notre « ami » américain, notre bourreau en réalité.

Que faire ?

Dans ce conflit, les européanistes du PSUNE sont conscients de l’inutilité meurtrière de cette guerre, et du fait qu’elle ne résoudra rien à l’arrivée. Une première mesure est de reconnaître l’indépendance de l’Ossétie et de l’Abkhazie, comme on l’a fait pour le Kosovo, et ensuite d’ouvrir une grande conférence européenne de la paix afin de combattre concrètement tous les germes de guerre civile sur notre continent et de régler toutes les problématiques micro-identitaires qui la tourmentent. Les questions basque, catalane, écossaise, flamande, nord-irlandaise, devront également être traités. En clair, on met les données sur la table et on cherche à proposer des solutions crédibles, efficaces sur le terrain.

Ensuite, il faut réorienter en profondeur la nature et la politique de l’Union Européenne, conformément à notre programme. Il faut définir qui a vocation et qui n’a pas vocation à faire partie de l’UE. Pour nous, la Turquie doit voir sa candidature explicitement rejetée, en revanche Géorgie et Russie ont vocation naturellement à en faire partie. Il faut donc bâtir une Europe politique unifiée et puissante, une Europe sociale et non libérale, une Europe protectionniste et non ouverte à la concurrence déloyale des Etats-Unis, de la Chine et de l’Inde surtout, et surtout une Europe de la défense. Il faut œuvrer au plus vite à la construction d’une véritable armée européenne, comprenant l’ensemble des troupes du continent, et que tous les pays européens cessent d’appartenir à l’OTAN. Les bases américaines en Europe doivent être fermées et leurs troupes renvoyées au pays. J’évoque ici en particulier la base américaine « géante » du Kosovo, qui doit être démantelée au plus vite.

L’assemblée européenne constituante qu’il faudrait réunir et pour laquelle nous œuvrons sera chargée de cette réorientation profonde de l’UE, l’amenant à devenir l’antichambre de la grande nation, de la Nation Européenne, de Reykjavik à Vladivostok. Elle sera amenée à diviser l’espace continental européen en euro-régions, basées sur des critères d’identité, de nombre d’habitants, de langue, de géographie historique, afin de résoudre tous les conflits micro-identitaires de notre continent. Dans ce cadre, une Ossétie unifiée comme euro-région de la Grande Europe serait parfaitement légitime, de même qu’une euro-région abkhaze, tchétchène, kosovare, sorabe, galloise, catalane, basque, corse ou autres.

Notre position actuelle

Nous avons évoqué ce qu’il conviendrait de faire si l’Union Européenne était telle qu’elle devrait être et non telle qu’elle est actuellement. Or notre formation politique est pour le moment marginale, et il faut aussi donner des réponses immédiates.

Notre réponse est donc qu’il faut veiller à ce que l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie ne soient plus en guerre, que l’armée géorgienne ne s’y trouve plus ni même amassée à ses frontières, qu’un plan de paix entre la Russie, la Géorgie et l’Union Européenne soit mis en place, sans les Etats-Unis et en désavouant les bellicistes et russophobes de Varsovie, de Kyiv ou de Vilnius, par exemple. La Russie et l’Union Européenne devraient conjointement demander un mandat de l’ONU pour assurer la sécurité des populations de ces deux « provinces » auto-proclamées indépendantes. Bien entendu, l’UE doit témoigner de son amitié pour la Géorgie comme pour la Russie, se soucier du sort des populations civiles, mais elle doit condamner l’action du président géorgien sans ambiguïté et s’assurer que ce dernier, qui demande un cessez le feu alors que les unités géorgiennes continuent leur offensive, contrairement à ce que Sakaachvili affirme, renonce à sa politique actuelle

Thomas FERRIER
Secrétaire Général

11 août 2008

 
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