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2008/12/14 Comprendre "300" Imprimer
Editoriaux

Certains ont voulu dénoncer dans « 300 » un film de propagande américaine, destiné à susciter un rejet du monde oriental et musulman incarné par l’empire perse, c'est-à-dire par la république islamique d’Iran. En clair, il aurait fallu opposer l’Occident à l’Orient pour justifier d’une future intervention américaine en Iran, qu’on attend toujours comme d’autres l’Arlésienne. Nous allons démontrer qu’il n’en est rien et que ce film présente des valeurs bien contraires à celles des Etats-Unis et que par ailleurs ceux qui se prêtent à ces interprétations ou n’ont pas vu le film ou ne l’ont simplement pas compris.

La première chose que l’on doit avoir à l’esprit c’est qu’en aucun cas ce film ne se veut un récit historique mais un récit mythifié que narre le dernier survivant des 300 pour galvaniser les troupes grecques à la veille de la bataille de Platées. Ainsi, ce ne sont pas les vrais Perses que combattent les 300. Aucun élément de l’armée de Xerxès, aucune référence au zoroastrisme, et même aucun acteur iranien, n’y apparaissent. En revanche, des humains monstrueux et difformes, des animaux exotiques, notamment un rhinocéros et des éléphants donnant une impression de gigantisme, apparaissent, et les 10.000, soldats d’élite de Xerxès ont un visage repoussant caché derrière un masque. Parmi les êtres repoussants, on troupe aussi les chefs politiques de Sparte, les Ephores, présentés comme corrompus et vicieux, et ce parce qu’ils se sont opposés pour des raisons religieuses à l’intervention de Léonidas.

Contrairement à l’histoire, le film a également cette particularité de présenter les émissaires de Xerxès sous les traits de noirs africains, aux traits parfois caricaturaux. Ainsi, au début du film, le premier émissaire apparaît muni de crânes et accompagné d’archers voilés de la tête au pied. Un autre émissaire, le corrupteur des Ephores, qui les achète par l’or, est également un noir aux dents blanches et au rire maléfique. Et d’une manière générale, les généraux de Xerxès sont pour l’essentiel des noirs ou des arabes. Evidemment, historiquement, c’était bien autre chose, à savoir que l’armée perse était composée d’abord évidemment de diverses troupes iraniennes, Perses comme Scythes, mais aussi de contingents arméniens, thraces, indiens et moyen-orientaux, et aussi de troupes grecques, notamment de Thessaliens. Le narrateur ignore ces faits pour présenter l’armée perse comme composée de tous les peuples de l’Asie et de l’Afrique, on devine même des aborigènes australiens, menée par un roi perse extrêmement efféminé, joué par un acteur euro-brésilien (Rodrigo Santoro), et dont la tente abrite les pires perversions, et même un homme à tête de bouc. On voit là que le narrateur caricature ses ennemis pour démontrer aux autres grecs qu’ils n’ont rien à craindre.

De la même façon, les Spartiates sont glorifiés, en particulier les 300 et l’épouse de Léonidas restée à Sparte, les seules exceptions étant les Ephores et deux traîtres, Theron, joué par l’acteur irlandais Dominic West dont le bronzage et la forme du visage pouvaient évoquer une autre origine, corrupteur de l’assemblée et qui viole la femme de Léonidas, et Ephialtès, le traître par excellence puisqu’il livre à Xerxès le moyen de vaincre les 300, qui est représenté sous les traits d’un personnage difforme et bossu. Le film insiste d’ailleurs sur la dimension eugéniste de la société spartiate et ce dès le départ, eugénisme justifié dans le film par la trahison d’Ephialtès, qui se voit refuser de combattre aux côtés des spartiates, non par discrimination mais parce que Léonidas lui démontre que son handicap lui interdit de pouvoir combattre. Ephialtès n’accepte pas son destin et se vend à Xerxès qui lui promet belles femmes et richesses.

Ainsi les Athéniens sont-ils présentés comme des philosophes amateurs d’adolescents, et ce film ne valorise pas l’homosexualité, bien au contraire, alors que les Spartiates considèrent les hommes et les femmes à égalité, ce que dénonce choqué un émissaire perse. De la même façon la religion distingue celle des prêtres, rejetée, et une religion plus naturelle, celle du citoyen de base louant Zeus lorsque celui-ci suscite une tempête qui brise les navires perses. Il s’agit donc d’un paganisme simple, tout à fait concret, et sobre. A la veille de la bataille des Thermopyles, les autres grecs abandonnent lâchement le terrain, ce qui ne correspond pas à la réalité historique puisque Thespiens et Thébains combattirent jusqu’au bout avec les 300. Le narrateur, spartiate, valorise évidemment sa cité et le courage des soldats de Léonidas, présentés comme des professionnels de la guerre.

Mais c’est bien évidemment la dimension ethnique qui est la plus saisissante, car les troupes « perses » sont véritablement composées de toutes les peuples de la terre, à l’exception des Européens bien sûr. D’ailleurs, pendant le film, il est clairement dit que les 300 défendent l’Europe contre l’Asie, et ne se battent donc pas pour la seule Grèce. On y voit essentiellement des troupes visiblement arabes, tant au niveau des traits que des vêtements, mais aussi des chinois et des africains. Le film est en effet impressionnant sur ce plan, et cela permet de se demander comment un tel film a pu être autorisé. En effet, nous avons donc 300 spartiates parfaitement blancs, à la musculature sculptée et saillante, sans pitié et très efficaces sur le champ de bataille. En face d’eux, avancent tous les peuples de la terre. On peut y voir une dénonciation du mondialisme, incarné par un empire cosmopolite (les USA ?), et en même temps une opposition à la submersion migratoire que subit aujourd’hui l’Europe.

Quels sont donc les valeurs des Spartiates ? Ils refusent l’or, ce qui donne de ce film une dimension anticapitaliste inattendue pour un film américain ; ils pratiquent une stricte égalité homme/femme sauf bien sûr sur le champ de bataille ; ils rejettent la superstition religieuse ; ils raillent l’homosexualité ; enfin ils défendent toute la panoplie des valeurs héroïques, le sens du sacrifice en tête. Enfin, la société spartiate est eugéniste et valorise l’entraînement sportif et le courage au combat. Léonidas ne devient roi que parce qu’il terrasse un loup terrifiant, et bien sûr caricatural, alors qu’historiquement il n’était roi qu’en raison de son ascendance.

Au moment où le film finit, le narrateur mène l’armée grecque, 10.000 spartiates à la tête de 30.000 autres grecs, à la bataille afin de chasser l’envahisseur, en expliquant bien que les 300 ont montré l’exemple à la nation grecque toute entière et souligne leur courage. En effet, même se sachant perdus, et conformément à l’histoire, les 300 combattent jusqu’à la mort, mais le scénario ajoute une subtilité, à savoir que Léonidas avait prévu un plan pour tuer son ennemi. Avant de mourir lui-même, il parvient à le blesser au visage et à lui démontrer ainsi qu’il n’est en rien un dieu. Cette présentation de Xerxès considéré comme un dieu par ses sujets est une représentation classique de l’Orient chez les Grecs. En vérité, aucun shah iranien ne se faisait passer pour un quelconque dieu, les mages zoroastriens ne l’auraient pas permis. On remarquera d’ailleurs l’absence du symbole du dieu Ahura Mazda dans le film, comme des divinités iraniennes en général.

En fait, les « Perses » du film sont un prétexte à la présentation d’une opposition radicale entre l’Europe et le reste du monde. On peut s’interroger sur la volonté du réalisateur de développer une telle conception, ce qui a fait que le film a été traité de « fasciste » et de « raciste » tant dans la presse française que dans la presse américaine, et qu’il a naturellement plu à ceux qui sont les plus hostiles à l’immigration non-européenne en Europe. Dans la version française, pour atténuer cette dimension, la musique de fin du film est un morceau de rap, ce qui n’est pas du tout le cas dans la version originelle.

Que regrette-on après avoir vu « 300 » ? A vrai dire, pas grand-chose. Bien sûr l’historien que je suis aurait aimé un film conforme à l’histoire de la bataille des Thermopyles, avec une armée vraiment persane, mais le plaisir reste entier, car « 300 » est une belle réussite esthétique et développe une philosophie politique qu’on n’avait pas vu depuis longtemps au cinéma. On se souviendra ainsi avec nostalgie du premier « Conan », réalisé par John Milius, et qui restait conforme à l’esprit de son créateur, Robert Howard. La bande son de Tyler Bates est à la hauteur, avec de beaux chants et une musique prenant aux tripes. Néanmoins je regretterai l’absence de version en grec moderne du film dans le DVD, et la place trop limitée de la religion grecque d’une manière générale dans le film, Arès n’étant pas cité une seule fois. J’aurais aimé voir au cœur de Sparte la statue enchaînée du dieu. J’étais également gêné par certaines exagérations, comme le visage des Ephores ou comme cette sorte de monstre humanoïde énorme coupant des têtes avec ses bras. C’était trop mais il s’agissait de bien faire comprendre au spectateur qu’on était dans la caricature. Certains analystes ont compris cela à tort comme l’expression d’une haine iranophobe. Le film se comprend parfaitement une fois que l’on a compris que le narrateur ne raconte pas les faits tels qu’ils ont eu lieu. Mais pour cela faut-il encore l’avoir vu et ne pas se baser sur des coupures de presse.


Thomas FERRIER

Secrétaire Général

14 décembre 2008

 


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